Le bouton de rétractation est obligatoire depuis le 19 juin 2026 pour les contrats conclus en ligne avec des particuliers, dès lors que le droit de rétractation s’applique. Votre boutique doit afficher, pendant tout le délai de rétractation, une fonctionnalité gratuite intitulée « renoncer au contrat ici », ou une formule analogue sans ambiguïté. Elle ouvre une courte déclaration, se valide par un second bouton, « confirmer la rétractation », et déclenche l’envoi d’un accusé de réception qui reprend la déclaration, sa date et son heure.

Ce guide, qui rejoint nos conseils pour faire d’une visite une vente, résume l’état du droit au 4 novembre 2026 et la façon de l’appliquer sur votre site. Il ne remplace pas l’avis d’un juriste sur votre situation.

Ce que disent les textes

Tout part de la directive (UE) 2023/2673 du 22 novembre 2023. Son titre ne vise que les services financiers vendus à distance, mais elle ajoute à la directive 2011/83/UE sur les droits des consommateurs un article 11 bis qui s’applique aussi aux ventes en ligne de biens et de services (texte de la directive sur EUR-Lex). La règle vaut dans toute l’Union, avec un libellé par langue : « withdraw from contract here » en anglais.

En France, elle est transposée par l’ordonnance n° 2026-2 du 5 janvier 2026 et le décret n° 2026-3 du même jour. Pour les boutiques en ligne, quatre dispositions du Code de la consommation changent :

DispositionCe qu’elle prévoit depuis le 19 juin 2026
Article L. 221-21Pour un contrat conclu à distance « au moyen d’une interface en ligne », le professionnel fournit sans frais une fonctionnalité de rétractation, utilisable avant la fin du délai
Article L. 221-5, 7°L’information donnée avant la commande mentionne, le cas échéant, l’existence et l’emplacement de cette fonctionnalité
Article D. 221-5Les libellés, le contenu de la déclaration, la confirmation et l’accusé de réception
Annexe à l’article R. 221-3Le modèle d’information sur le droit de rétractation, complété pour la fonctionnalité en ligne

Les contrats en cours au 19 juin 2026 restent régis par les anciennes règles : la fonctionnalité est donc due pour toute commande passée en ligne depuis cette date, même sur une boutique ancienne. Ce qui change, au fond : l’article L. 221-21 permettait déjà de proposer un formulaire de rétractation en ligne, sans l’imposer. Il exige désormais, en plus, une fonctionnalité dédiée, au parcours encadré.

Quels sites et quels contrats sont concernés ?

L’obligation vise tout professionnel qui conclut des contrats à distance avec des consommateurs au moyen d’une interface en ligne : une boutique, mais aussi un site de réservation de prestations payantes, une plateforme d’abonnement ou une application de commande. Elle porte sur les biens comme sur les services, dès lors que le droit de rétractation existe : quatorze jours à compter de la réception du bien ou, pour un service, de la conclusion du contrat, sans que le client ait à se justifier (articles L. 221-18 et suivants).

Ne sont pas concernés :

  • les ventes en ligne à des professionnels ;
  • les commandes passées par téléphone ou par courrier, pour lesquelles le droit de rétractation existe, mais pas l’obligation du bouton ;
  • les contrats exclus par l’article L. 221-28, notamment les biens faits sur mesure ou nettement personnalisés, les denrées vite périssables, les biens descellés non renvoyables pour des raisons d’hygiène, et les prestations de loisirs, de restauration ou d’hébergement prévues à une date ou à une période déterminée. Si une partie seulement de votre catalogue est exclue, la fonctionnalité reste due pour le reste.

Rétractation ou résiliation : deux boutons différents

Le bouton de rétractation ne remplace pas celui de résiliation, imposé depuis le 1er juin 2023 aux contrats qui peuvent être souscrits en ligne. Un abonnement vendu en ligne doit donc, en général, proposer les deux.

CritèreBouton de rétractationBouton de résiliation
À quoi il sertRenoncer à un contrat pendant le délai de rétractation, en général quatorze joursMettre fin à un contrat en cours, un abonnement par exemple
TextesArticles L. 221-21 et D. 221-5Article L. 215-1-1 et article D. 215-1
Obligatoire depuis19 juin 20261er juin 2023
Libellés« renoncer au contrat ici », puis « confirmer la rétractation »« résilier votre contrat »

Le parcours imposé, étape par étape

L’article D. 221-5 du Code de la consommation décrit quatre temps :

  1. Le point d’entrée. La fonctionnalité porte, de manière lisible, les mots « renoncer au contrat ici » ou une formule analogue dénuée d’ambiguïté. Elle est affichée de manière visible, directement et facilement accessible, pendant toute la durée du délai de rétractation.
  2. La déclaration. Le client y fournit ou y confirme facilement son nom et son prénom, de quoi identifier le contrat — pour une boutique, le numéro de commande — et le moyen électronique, en général une adresse e-mail, par lequel il veut recevoir l’accusé de réception.
  3. La confirmation. Il l’envoie par une seconde fonctionnalité, identifiée par les mots « confirmer la rétractation » ou par une formule analogue sans ambiguïté.
  4. L’accusé de réception. Le vendeur l’envoie dans un délai raisonnable, sur papier ou sur un autre support durable comme un e-mail. Il mentionne notamment le contenu de la déclaration, ainsi que la date et l’heure de son envoi.

Le plus sûr est de reprendre les libellés du décret mot pour mot. N’exigez rien de plus : le client n’ayant pas à se justifier, un champ « motif » peut être proposé, jamais imposé, et aucune étape — offre de dernière minute, questionnaire — ne devrait s’intercaler entre les deux boutons.

Envoyez l’accusé de réception automatiquement, dès la confirmation. Voici un exemple pour une boutique de vêtements fictive :

Votre rétractation pour la commande n° 10482 est enregistrée

Bonjour Louise, nous avons bien reçu votre déclaration de rétractation, envoyée le 4 novembre 2026 à 10 h 32 : Louise Martin, commande n° 10482 du 28 octobre 2026 (pull en laine, taille M), accusé de réception à envoyer à louise.martin@example.com. Renvoyez-nous l’article au plus tard le 18 novembre 2026. Nous vous rembourserons par le moyen de paiement utilisé, au plus tard à la même date ; si l’article ne nous est pas encore parvenu, le remboursement pourra attendre son retour ou votre preuve d’expédition.

Si votre boutique est soumise aux exigences d’accessibilité en vigueur depuis le 28 juin 2025, la fonctionnalité doit les respecter : vrais boutons, champs étiquetés, erreurs explicites, parcours utilisable au clavier et au lecteur d’écran. Notre guide sur ce que la loi sur l’accessibilité numérique impose aux boutiques en ligne précise qui est concerné.

Où placer la fonctionnalité sur votre site

Le décret ne fixe pas d’emplacement. Quatre endroits se complètent :

  • le pied de page de toutes les pages, près des CGV : visible pendant tout le délai, y compris pour les commandes passées sans compte ;
  • l’espace client, sur chaque commande encore dans le délai, avec la déclaration préremplie ;
  • les e-mails de confirmation et d’expédition, par un lien direct, en complément de l’affichage sur le site et non à sa place ;
  • la page « Retours et rétractation » et les CGV, qui portent souvent l’information obligatoire sur son existence et son emplacement.

À éviter : une fonction enfouie dans la FAQ ou un formulaire de contact générique, sans les libellés ni la confirmation prévus. Laissez la fonctionnalité accessible en permanence et examinez chaque demande ensuite : pour un bien, c’est la réception du colis, et non la commande, qui fait courir le délai.

Shopify, WooCommerce, PrestaShop : comment s’y prendre

Shopify

Depuis le 18 juin 2026, Shopify permet aux clients de demander eux-mêmes l’annulation d’une commande, en plus des retours. Pour l’Union européenne, sa documentation demande d’autoriser l’annulation jusqu’à l’expédition, d’ouvrir une fenêtre de retour d’au moins quatorze jours après la livraison du dernier article et d’ajouter un lien visible dans la boutique (règles de retour et d’annulation, en anglais). Ce lien de menu porte le libellé de votre choix : reprenez les mots « renoncer au contrat ici ».

Ce parcours passe par les nouveaux comptes clients : le client se connecte avec son adresse e-mail et un code à six chiffres (configuration des retours en libre-service, en anglais). Shopify prévient lui-même que ces outils ne rendent pas automatiquement une boutique conforme et conseille de faire vérifier sa configuration par un conseiller juridique. Contrôlez au moins les libellés en français, l’accès sans compte et l’accusé de réception.

WooCommerce et PrestaShop

Depuis sa version 11.1, publiée début septembre 2026, WooCommerce intègre à l’espace client un formulaire de rétractation pour les clients de l’Union européenne, désactivé par défaut (notes de version 11.1, en anglais). La version 11.2, du 7 octobre 2026, ajoute un e-mail d’accusé de réception destiné au client (notes de version 11.2). Le remboursement reste manuel, et ces notes ne disent rien des libellés ni des commandes passées sans compte : vérifiez ces deux points. À défaut, une extension prend le relais ; le répertoire de WordPress en compte plusieurs dizaines, souvent conçues pour un autre pays.

Sur PrestaShop, la fonction native de retours produits ne suffit pas : désactivée par défaut, elle se demande depuis le compte client, pour une commande payée et expédiée (documentation de PrestaShop 9, en anglais). Nous n’avons trouvé de fonction dédiée ni dans cette documentation ni dans les notes de la version 9.2, sortie le 30 septembre 2026 : prévoyez un module ou un développement. Extension ou module, choisissez une solution maintenue, compatible avec votre version, et vérifiez qu’elle reprend les libellés du décret et les trois informations de la déclaration.

Sur un site sur mesure ou headless, la fonction se développe comme une page et un formulaire, reliés aux commandes, à l’envoi de l’accusé de réception et à un journal horodaté des demandes. Si votre plateforme n’est pas encore choisie, notre comparatif de Shopify, WooCommerce et PrestaShop, coûts récurrents compris vous aidera à trancher.

CGV, informations, e-mails : ce qu’il faut mettre à jour

Le bouton ne vient pas seul. Six points sont à revoir :

  1. L’information avant la commande signale l’existence et l’emplacement de la fonctionnalité (7° de l’article L. 221-5).
  2. Le modèle d’information sur la rétractation prévoit une phrase pour la fonctionnalité en ligne : l’adresse où la trouver, et l’annonce d’un accusé de réception sur support durable, avec son contenu, sa date et son heure (modèle en vigueur sur Légifrance).
  3. Les CGV décrivent les moyens de se rétracter, le délai, le renvoi des articles et le remboursement. Leur rédaction relève d’un juriste ; leur mise en page et leurs liens, de votre prestataire web.
  4. Le formulaire type reste dû, et le client peut toujours se rétracter par courrier, par e-mail ou par toute autre déclaration dénuée d’ambiguïté : la fonctionnalité s’ajoute à ces moyens sans les remplacer.
  5. L’e-mail de confirmation de commande, qui reprend les informations sur la rétractation (article L. 221-13), reçoit le lien vers la fonctionnalité.
  6. Le traitement interne fixe qui répond, et sous quel délai : le client renvoie le bien sous quatorze jours, et vous le remboursez dans les quatorze jours qui suivent sa déclaration (articles L. 221-23 et L. 221-24).

La fiche de Service Public Entreprendre sur les règles à respecter pour vendre en ligne les récapitule, fonctionnalité de rétractation comprise. Sur une boutique déjà en ligne, l’ajout de la fonctionnalité fait l’objet d’un devis d’évolution ; notre maintenance de site et de boutique en ligne suit ensuite les mises à jour de l’extension ou du module retenu.

Contrôles et sanctions

La DGCCRF contrôle le respect du Code de la consommation, et vos clients peuvent lui signaler un manquement sur SignalConso, sa plateforme de signalement. Voici les sanctions prévues :

ManquementTexteConséquence possible
Fonctionnalité absente, ou qui ne respecte pas l’article L. 221-21Article L. 242-13Amende administrative jusqu’à 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale
Information sur la rétractation non fournie dans les conditions prévuesArticles L. 242-10 et L. 221-20Même plafond d’amende, et délai de rétractation prolongé de douze mois
Manquement de grande ampleur, traité avec d’autres autorités européennesArticle L. 242-14-1Plafond pouvant être porté à 4 % du chiffre d’affaires annuel moyen
Toute amende administrativeArticle L. 522-6Publication possible de la décision, aux frais de l’entreprise sanctionnée

Le risque civil compte aussi. Un client mal informé peut se rétracter jusqu’à douze mois après la fin du délai normal, soit plus d’un an après la livraison d’un bien.

Une rétractation simple : ce que la boutique y gagne

Le droit de rétractation n’a rien de nouveau : seul change le moyen de l’exercer. Un parcours clair évite au client de relancer par e-mail, et votre service client reçoit des demandes complètes et horodatées.

Un champ « motif » facultatif vous renseigne aussi : un modèle qui taille petit, une photo qui trompe sur la couleur. Revoir la fiche produit pour qu’elle réponde aux questions avant l’achat peut alors éviter le retour suivant.

Dans les boutiques que nous concevons, la rétractation en ligne est prévue dès la conception, comme les autres obligations légales, puis vérifiée lors des commandes de test : c’est le cadre de notre accompagnement en création de site e-commerce à Nantes. Le premier rendez-vous de 30 minutes est gratuit, à notre studio à Nantes ou en visio.

Questions fréquentes

Le bouton de rétractation est-il obligatoire sur un site vitrine ?

Non, tant que le site ne permet pas de conclure un contrat en ligne : présenter vos services et recevoir des demandes de devis ne crée pas cette obligation. La question se pose dès qu’un visiteur peut commander, réserver une prestation payante ou souscrire un abonnement depuis le site. Si le droit de rétractation s’applique à ces contrats, la fonctionnalité doit alors être en place.

Faut-il un bouton de rétractation pour une boutique B2B ?

Non, l’obligation protège les consommateurs : une boutique réservée aux professionnels n’est pas concernée. Si vous vendez à la fois aux particuliers et aux entreprises, la fonctionnalité doit rester disponible pour les commandes des particuliers ; l’afficher pour tous est souvent plus simple à maintenir. Vos conditions de vente aux professionnels peuvent prévoir, ou non, une faculté de retour commerciale.

Qui paie les frais de retour en cas de rétractation ?

En principe, le client supporte les coûts directs du renvoi, sauf si vous acceptez de les prendre en charge ou si vous ne l’avez pas informé qu’ils resteraient à sa charge. Les frais de livraison payés à la commande sont en revanche remboursés, à l’exception du supplément lié à un mode de livraison plus coûteux que l’offre standard, s’il l’a expressément choisi. Annoncer clairement votre politique de retour avant l’achat évite les malentendus.

Peut-on obliger le client à se connecter à son compte pour se rétracter ?

Le décret ne tranche pas cette question, mais les considérants de la directive qu’il transpose donnent une ligne : se rétracter ne doit pas être plus lourd que commander, et le client n’a pas à accomplir de démarche pour atteindre la fonctionnalité, comme télécharger une application s’il a commandé sur le site. Un client déjà connecté n’a pas non plus à redonner son identité ni son numéro de commande : préremplissez sa déclaration. Si vous acceptez les commandes sans compte, prévoyez donc pour ces clients un parcours qui ne les oblige pas à en créer un. En cas de doute sur votre parcours, faites-le valider par un juriste.